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Les lignées de femmes et les blessures du passé. Interview de Juliette Allais

Écrit par Rédaction

Juliette Allais est psychopraticienne, spécialisée dans la psycho généalogie, la psychanalyse transgénérationnelle, les transmissions familiales, la Gestalt PGRO, la thérapie de couple, et auteur de nombreux livres, essais mais aussi romans, véritables récits initiatiques, permettant de se connaître mieux et d’entamer une réflexion de développement personnel. Son approche multidisciplinaire lui permet d’aborder le travail thérapeutique en considérant l’héritage familial conscient et inconscient, la relation à l’autre, et l’individu dans sa globalité pour lui permettre d’incarner son plein potentiel.

Nous sommes ravis de vous présenter cette très belle interview* et nous vous conseillons vivement la lecture des ouvrages de Juliette Allais.

*L’interview écrite ne reflète pas la richesse de cet échange dans sa totalité, nous vous conseillons de regarder l’interview filmée en cliquant sur la bannière ; vous pouvez également retrouver notre première interview de Juliette Allais en cliquant ICI.

 

 

 

Guérir des blessures du passé

C’est uniquement dans la relation à l’autre que l’on guérit. Pour pouvoir transformer les souffrances du passé, les blessures du lien, autour de la place que l’on a eue enfant, il faut pouvoir construire avec un autre qui soit réellement présent, en toute confiance, un lien sur lequel on puisse s’appuyer. Ce lien doit être durable et l’on doit s’y sentir accueilli avec tout ce que l’on est pour que cette sécurité intérieure – que l’on n’a pas eue – puisse se tisser. Il est nécessaire de pouvoir expérimenter une relation où l’on est vraiment en lien avec l’autre, tel qu’on est, sans rien changer. Ça ne peut se faire qu’à travers la relation thérapeutique, on ne peut guérir seul de ces blessures de l’enfance.

Le lien avec les parents, et notamment avec la mère, quand il n’a pas été suffisamment bon, est reconstruit en thérapie : cette création d’un lien sécurisant, accueillant, soutenant mais également confrontant est une responsabilité énorme pour le thérapeute. Face à lui, le patient est accepté dans toute sa singularité mais, en même temps, il est confronté à sa vision de lui négative, qui empêche toute progression, afin qu’il puisse en sortir. Travailler ce lien avec le thérapeute permet d’augmenter sa sécurité interne afin de pouvoir créer ce lien à l’extérieur également, il pourra ainsi être « exporté » dans toutes les autres relations. On recrée de la sécurité, ce qui transforme toutes les relations.

Juliette Allais aime l’idée que l’on vient au monde avec un défi d’accomplissement et que l’on a ces parents-là parce que, justement, c’est grâce à eux que l’on va pouvoir travailler ce défi. Ça donne à notre enfance une couleur moins dramatique : les blessures sont réelles mais c’est grâce à elles que l’on va pouvoir avancer, se construire et développer des compétences. Tout au long de la vie, ce qui va nous arriver va nous permettre de grandir, de devenir mieux qui l’on est ; les épreuves et les difficultés nous orientent vers plus d’accomplissement, nous permettent d’affiner qui nous sommes. Nous ne sommes pas sur cette Terre pour être passifs, consommer et mourir, nous sommes là pour apprendre à devenir plus complets, plus vivants et c’est justement au travers de ces difficultés que l’on convoque des ressources, des compétences à l’intérieur de nous et qu’on les développe : cela nous permet de devenir plus confiants. Cette vision est porteuse de progrès : quelle que soit la donne de départ, on est là pour la transformer et en faire quelque chose de meilleur pour nous et pour les autres.

Cette confiance en la vie peut être également appelée « Foi », il y a une part spirituelle dans cette notion : la Vie nous soutient, nous pousse à l’accomplissement. Lorsque l’on en fait cette lecture-là, tout ce qui nous arrive a du sens et est intégré dans une trajectoire, dans un continuum où l’on devient de plus en plus qui on est… on va vers plus de vivant, plus d’amour, plus de lien. La vie nous apporte également des cadeaux, des expériences extraordinaires…

L’enfant construit son Moi à partir du contexte familial, il s’y identifie et ne sait ensuite plus vraiment qui il est réellement : certaines parts de lui sont acceptées, d’autres sont refoulées et il avance parfois dans la vie en étant de plus en plus loin de lui-même pour correspondre aux attentes de ses parents. Il peut arriver un moment où il s’est tellement éloigné de lui-même qu’il s’est perdu et qu’il ne sait pas comment se retrouver, ni vers quoi se diriger. Une fois devenu adulte, les disciplines comme l’astro-psychologie – par exemple – pourront l’aider à se reconnecter à lui-même grâce à une lecture très fine de sa singularité et de la manière dont elle se déploie à travers son « théâtre interne » et tous les personnages qui le composent.

Plus on accepte notre singularité, plus on accepte celle de l’autre, et plus on accède à ce qui nous nourrit vraiment, en étant très conscient de ce dont on a besoin. En faisant appel à différentes approches, en utilisant différents outils thérapeutiques, on parvient alors à avoir une vision plus précise du chemin d’accomplissement, du puzzle à assembler.

Nous sommes en permanence dans le changement, dans l’adaptation ; même si nous évoluons constamment, à un moment, notre totalité devient perceptible.

L’astrologie psychologique n’a rien à voir avec l’astrologie telle qu’on l’entend habituellement. C’est une discipline qui a été utilisée par Jung notamment, avec ses patients, et dans laquelle on pose l’idée que nous sommes faits d’une multitude de personnages intérieurs que l’astrologie décrit à travers les planètes qui sont ce que Jung appelle de grands archétypes, de grandes fonctions psychologiques. Cet angle de vue permet d’entrer dans notre monde interne de façon plus précise et plus vivante et de mieux comprendre notre fonctionnement.

Très souvent, nous n’acceptons que certaines caractéristiques de notre personnalité ; or, réconcilier toutes les parties de nous permet de mieux gérer nos conflits internes et de ne pas les projeter à l’extérieur, sur les autres. Ces conflits doivent d’abord être résolus à l’intérieur.

Nous arrivons tous au monde avec des contradictions internes : ces contradictions internes vont également influencer l’entourage et provoquer des tensions*, notamment dans le lien parents/enfants, ce qui veut dire que, dans une autre famille, l’enfant aurait vécu les mêmes sensations, de manque de lien paternel, par exemple, si son propre défi de vie est de se construire dans le manque de ce lien.

*(notamment à cause de la projection sur les autres de parties de nous-mêmes dont nous ne voulons pas ou dont nous sommes inconscients, et avec lesquelles nous entrons en conflit dans la relation à l’autre devenu leur support)

Voir ces ressentis sous forme de défis et non de souffrances permet de considérer la vie de façon beaucoup plus optimiste. Juliette Allais pense que ces ressentis relèvent de l’inachevé transgénérationnel : si l’on reprend l’exemple du « père manquant », on peut se rendre compte que ce manque aura été ressenti par les générations précédentes. Ces manques sont également visibles dans les thèmes astrologiques. Ce processus est plus complexe que le simple rapport de cause à effet : le père et son enfant interagissent chacun avec ce manque à l’intérieur de soi, manque qui s’actualise à chaque génération.

Dans toutes les familles, les rapports entre les gens sont biaisés par des choses qui sont tues, où on sauvegarde les apparences mais où ce qui est important n’est pas dit et ne transparaît jamais. Dans la famille de Juliette Allais, le mensonge était très présent : cela fonctionnait comme s’il y avait une surface visible ; en dessous de cette surface, il se passait tout autre chose que ce qui était donné à voir. Ce fonctionnement donne l’impression que l’on peut faire tout ce que l’on veut sans jamais rendre de compte à personne et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les enfants ressentent ce genre de choses et n’ont pas d’autre choix que de fonctionner de cette façon. Tout devient faux… Revisiter les histoires familiales sous le prisme du mensonge est intéressant : lorsque l’on ne dit plus ce qui est important, on finit par ne plus savoir ce qui l’est réellement, on ne peut même plus en parler. On fait alors constamment semblant que tout se passe bien pour laisser penser à l’extérieur que la famille ou le couple sont parfaits, afin de ne pas se confronter aux dysfonctionnements : cela permet de garder une image de soi moins négative… mais fausse. La honte et la culpabilité sont deux sentiments toujours très présents dans les histoires familiales, qui engendrent les mensonges et qui se transmettent de génération en génération.

La thérapie sert à se dégager de ces mensonges en cascade pour essayer d’aller au plus près de ce qui s’est vraiment passé. Il est également important de se libérer de la honte et de la culpabilité, qui peuvent ne pas être dues à nos propres actes. L’accueil thérapeutique va dédramatiser les choses.

Les blessures psychologiques, même invisibles, sont pourtant bien réelles : le discours qui minimise ces blessures est courant, alors qu’ elles empêchent réellement de s’accepter, de se relier aux autres. Avoir un regard différent sur ces blessures ne suffit pas à les faire disparaître. La guérison se fera dans le lien thérapeutique, face à quelqu’un qui comprend à quel point elles font souffrir, sans les minorer. Ce n’est pas l’adulte en nous qui souffre de ces blessures mais l’enfant et cet enfant ne peut pas grandir sur commande.

Au fil des séances, on découvre une autre image de soi qui était cachée sous la surface.

 

Les lignées de femmes

On ne vient pas au monde comme une feuille vierge mais porteuse de la lignée des femmes qui nous ont précédées, de ce qu’elles ont vécu, des expériences conscientes et inconscientes qu’elles ont emmagasinées, de comment elles ont vécu le fait d’être une femme, de ce que ça voulait dire pour elles dans leur corps et dans leur identité de femme…  de comment elles ont vécu leurs relations amoureuses, leur rôle de mère et de ce qui s’est transmis de ces expériences de vie de mère en fille.

Cet héritage est fait de multiples choses, tissé de multiples fils, avec du bon et du moins bon. Il est présent dans notre corps, dans notre ADN, nous le portons avec nous en permanence. L’idée est de le rendre le plus lumineux et le plus vivant possible.

Qu’est-ce qu’être une femme dans sa propre famille, qu’est-ce qui nous a été transmis ? Ce sont des questions essentielles, qui nous obligent à faire le tri.

Cette façon d’être la femme que je suis, il faut pouvoir aller la chercher à l’intérieur de soi, hors de ces transmissions et de ces modèles qui n’ont peut-être plus lieu d’être, même si de bonnes choses nous ont été transmises par nos mères et nos grands-mères. Dans notre rapport de petites filles à nos mères, de nombreux aspects de nous se sont construits, dans notre manière de nous identifier à elles ou pas, dans la façon dont nous nous sommes reliées, dans leur manière d’être en relation avec leur corps, confortable avec leur féminité ou pas, c’est ce qui va nous permettre d’inventer notre façon d’être une femme hors des stéréotypes, des croyances et des modèles qui peuvent être enfermants.

Lorsque l’on parle des lignées de femmes, on peut se rendre compte qu’il y a également une énorme colère qui passe de génération en génération : cela a été très compliqué d’être une femme à certaines époques, il y a eu beaucoup de maltraitances, beaucoup de frustrations, les femmes avaient des vies difficiles, physiquement et psychologiquement parlant… On hérite de toute cette colère et de tout le ressentiment qui existait dans le couple, vis-à-vis de l’homme. Nous devons pouvoir nous défaire de cette colère dont nous avons hérité et inventer un autre rapport entre l’homme et la femme d’aujourd’hui pour rendre les choses plus fluides, plus vivantes et plus aimantes.

La société et notre façon d’être dans la relation amoureuse ont changé et, en même temps, nous ne sommes pas complètement libres du passé : on répète des modèles douloureux dont on a hérité et on les remet en scène dans nos couples ; il y a un vrai travail de tri à effectuer, pour être libres d’inventer une autre façon de faire. Cela nécessite d’avoir conscience de notre héritage.

Très souvent, ce sont nos impasses d’enfant avec nos propres parents qui se rejouent dans le couple : nous choisissons le partenaire avec lequel nous allons pouvoir reproduire ces impasses. Même si nous avons l’impression d’avoir rencontré le partenaire idéal, petit à petit notre monde interne lié à l’enfance va venir parasiter la relation de couple. Il est intéressant de travailler sur ce sujet pour éviter de projeter ce que nous avons vécu avec nos parents sur l’autre. L’autre qui fait bien sûr la même chose : ce ne sont plus deux adultes qui sont face à face mais un nombre incalculable de personnes qui se prennent les pieds dans des relations qui n’ont plus lieu d’être et qui appartiennent au passé.

Ce travail est important pour vivre la relation de couple au présent, dans une relation où nos parents et nos lignées ne s’invitent plus.

Dans tout ce que nous faisons, notre famille est présente ; mettre en lumière notre héritage permet d’être plus tranquilles et de moins reproduire, même s’il n’y a pas eu de secrets de famille ou de traumas graves.

Nous sommes tous héritiers du passé et cela conditionne vraiment la manière dont nous sommes vivants ou pas. Nous sommes enfermés dans des croyances qui nous empêchent d’inventer des solutions nouvelles, d’être en lien avec les autres, d’être joyeux et lumineux.

Quand nous sommes vraiment alignés, que nous ne trahissons pas qui nous sommes, la vie nous fait des cadeaux, de façon un peu magique, sans que l’on fasse d’efforts. C’est en étant vraiment libres que nous pouvons avancer, que nous pouvons tisser une trajectoire plus vivante et plus lumineuse.

Même dans les difficultés, la Vie est fluide et nous pousse là où nous devons aller. Quand il n’y a pas de fluidité, nous devons nous poser la question de savoir si nous sommes réellement à la bonne place : « attention, tu te trahis ». Il faut alors retourner vers soi, se recentrer pour créer du vivant et ne pas entraver le flux… Nous avons la responsabilité de notre accomplissement, nous sommes là pour enrichir notre vie et le Monde.

La vie est fluide, par nature. Lorsqu’il se passe des événements désagréables constamment, c’est que nous ne sommes pas alignés. Qu’est-ce qui nous éloigne de nous-même ?

La finalité est le bonheur, même s’il peut fluctuer et que nous évoluons constamment. C’est un chemin initiatique où nous sommes acteurs et responsables.

 

La souffrance a pour finalité de nous aider à avoir des prises de conscience, à grandir et à aller chercher à l’intérieur de nous les endroits à transformer. Pour avancer, il faut pouvoir faire face à ces choses douloureuses. Il est important de comprendre que la souffrance a du sens et qu’elle fait partie de la vie.

Si on essaye de l’éviter, elle nous revient en boomerang.

Beaucoup de personnes ont des problèmes avec le réel mais on ne peut le transformer que si l’on est en phase avec lui. Imaginer que la vie n’apporte que du positif, croire en un monde fantasmatique idéalisé, est une attitude de toute-puissance infantile. Nous sommes des êtres vivants – et mortels – et nous devons en avoir conscience et l’accepter. Soyons respectueux de toutes les dimensions du réel sans en escamoter aucune.

 

 

Comment trouver une forme d’apaisement ?

Les choses ne sont jamais complètement stables mais si l’on accepte d’être dans ce flux de transformation, si l’on reste confiant dans ce flux en sachant qu’il va nous emmener là où l’on doit aller, cela permet d’avoir une relation plus apaisée avec la vie.

Le changement apporte du nouveau positif. Pour accepter le changement, il faut avoir construit une sécurité intérieure suffisante pour que les mouvements de la vie ne nous balayent pas, ne nous fassent pas nous effondrer : nous pouvons garder notre stabilité, même dans le mouvement. Il faut réussir à lâcher prise tout en mettant de la conscience sur nos comportements et sur nos vies.

Il faut accueillir ce qui nous arrive, comme ayant du sens, pour réussir à en faire quelque chose de bon.

 

« De toute souffrance naît un potentiel de lumière » Juliette Allais

 

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