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Équilibrer ses polarités féminine et masculine avec la MBSR. Interview de Laurence Bibas

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Laurence Bibas est une des pionnières françaises de la Mindfulness ou réduction du stress par la pleine conscience (MBSR). Son chemin spirituel l’a amenée à étudier, pendant plus de vingt ans, avec deux maîtres tibétains (Sogyal Rinpoché puis Dzongsar Jamyang Khyentsé Rinpoché), à participer plusieurs fois à l’organisation de la venue du Dalaï Lama en France et à rencontrer Jon Kabat-Zinn, le médecin américain créateur du programme MBSR.

Aujourd’hui, elle se définit comme une « éveilleuse joyeuse », elle est l’auteur de plusieurs livres dont on citera « Ne s’attendre à rien, être prêt à tout » et elle anime le parcours MAT, Méditation Active de Transformation destiné aux femmes en transition de vie.

Nous sommes ravis de vous présenter cette très belle interview que nous vous invitons à regarder en cliquant sur la bannière.

 

La pleine conscience

Laurence Bibas a abordé la méditation sous l’angle du Bouddhisme tibétain puis s’est orientée vers la MBSR, une forme de méditation laïque qui peut être pratiquée dans tous les contextes de la vie contemporaine (en entreprise,  à l’école, etc). Jon Kabat-Zinn a décliné cette définition de la pleine conscience, diriger notre attention délibérément, au moment présent, sans jugement de valeur, en enlevant tout le jargon philosophique yogique pour garder le process d’une forme de méditation, la méditation de pleine conscience, ce fil de présence attentive, cette connexion corps/esprit, expérimentée avec bienveillance. La bienveillance est très importante car notre éducation nous pousse à avoir une exigence intérieure importante pour renvoyer une image extérieure très forte basée sur l’envie de s’améliorer.

La pleine conscience propose un énorme changement de posture intérieure : s’améliorer consiste à être en accord avec ce qui est là, ici et maintenant. On n’est plus tendu vers un but inaccessible mais on est content d’être avec soi-même, on tombe en amour avec soi, ce qui change énormément la relation à soi, aux autres et à sa propre vie.

On a parfois du mal à lâcher une souffrance connue pour un bien-être inconnu. Souvent lorsque l’on commence à méditer, on se demande si on ne devient pas égoïste : il y a une telle déviance actuelle consistant à s’occuper des autres avant de s’occuper de soi que nous en sommes presque à nous nier nous-mêmes au profit de l’autre. Prendre conscience de l’impact que cette exigence a sur nous est le premier pas.

On arrive souvent à la méditation, au développement personnel ou à la spiritualité par la porte de la souffrance : deuil, burn out… poussent à retourner vers soi-même.

Cette souffrance sonne le moment du réveil. C’est un « cadeau paradoxal », on ne voit l’intérêt de cette souffrance qu’avec le recul : elle permet de changer.

Souvent on se perd dans le maximal et on oublie l’optimal : l’optimal est un état d’équilibre dans lequel tout est ok tel qu’il existe sans rien enlever ou rajouter. On se perd entre le minimal et le maximal, en passant de l’un à l’autre.

Le cadeau de la pleine conscience est cette notion d’optimal.

 

 

Le moment présent

Vivre le moment présent, c’est être vraiment connecté à des informations retours qui nous disent où nous sommes, comment nous nous sentons, ce que nous percevons ; c’est un flow dans lequel le moment présent est vivant, il change constamment, c’est une autre expérience du présent. C’est notre conscience qui en rend compte, qui traite ces informations.

Dans le programme MBSR, il y a une reconnexion au corps progressive : l’attention est portée d’un endroit du corps à l’autre avec le body scan.

Il est contre-indiqué de pratiquer la MBSR lorsque la souffrance est trop importante (il vaut alors mieux passer par une thérapie d’abord). Il faut être prêt à faire cette rencontre avec soi, qui doit se faire en douceur et à son propre rythme.

Dans notre société et à cause de notre éducation, nous avons une peur des émotions qui nous pousse à les mettre à distance et qui nous déconnecte d’elles. Cela implique la peur des émotions, la peur d’être submergé. Petit à petit, on réduit cet écart avec ses émotions et avec la souffrance.

Il y a un grand malentendu concernant la méditation : les gens pensent qu’elle va servir à anesthésier la souffrance, que l’on médite pour ne plus rien sentir, pour fuir. Il faut faire la différence entre la relaxation et la méditation de pleine conscience. Elle permet une présence à soi-même et non une entrée en relaxation ou dans un état positif mais, au contraire, de pouvoir voir toute l’étendue de nos expériences grâce au corps et à l’esprit. Elle permet de se connecter à soi-même et non de s’améliorer ; s’il n’était question que de s’améliorer, cela voudrait dire que nous sommes dans une intention superficielle qui naîtrait de l’ignorance profonde de notre nature sublime et de notre beauté intérieure innée. Cette connexion à soi ne se fait pas sans résistance de notre part.

Il y a une dimension inédite dans cette méditation : on peut « tomber éveillé » avec nous-mêmes, on sera attrapé par de nombreuses distractions mais on connaîtra le chemin, ce qui permettra à terme d’y revenir de plus en plus facilement.

À un moment, une tranquillité intérieure s’installe.

 

Le temps est une énergie fluide et non une notion que l’on découpe et minute sur un agenda papier : il y a un temps rationnel, certes, mais aussi un temps vivant : le temps vertical prend en compte les différentes expériences simultanées qui s’alignent dans le moment présent ; on se libère du temps linéaire et on entre dans le temps du flow, qui est au-delà du temps.

La vie n’est pas du tout ce que l’on croit.

Il y a des choses qui ne s’expliquent pas de façon rationnelle : le temps et sa perception, par exemple, tout comme la méditation qui ne s’explique pas mais se vit.

 

Les 7 principes de la pleine conscience

  • L’acceptation
  • La confiance
  • La patience
  • Le lâcher-prise
  • L’esprit du débutant
  • Le non-jugement
  • Le non-effort

 

L’esprit du débutant, c’est retrouver une source de joie en soi, c’est nettoyer son regard de tous les présupposés et préjugés (une posture différente de celle de l’expert qui s’attache à UNE vérité, à un savoir). C’est la capacité à s’émerveiller de tout : « Wouah !!! Je n’ai jamais vécu ce moment particulier ! ». Il y a un désir et une envie derrière l’esprit du débutant.

Le non-effort est en lien avec le fait d’arrêter de « faire » pour « être » : c’est l’acte spontané, permanent, qui n’est plus du « faire » mais qui suppose d’entrer dans le flow de « l’agir ». On ne cherche plus à valider quelque chose que nous croyons être, nous sommes libres de tous les présupposés de nous-mêmes.

Dans l’esprit du débutant, on entre dans la joie ; dans le non-effort, ce n’est plus nécessaire, il y a un silence, une paix…

 

Les attributs de la pleine conscience se basent sur des qualités ordinaires auxquelles on ajoute sagesse et transcendance. C’est cette transcendance qui génère une forme d’éveil permettant de comprendre que l’on n’a rien besoin de faire pour être un bienfait pour soi-même et pour les autres. Nous n’avons plus besoin de projeter notre esprit sur autre chose, nous sommes à la place juste où nous régulons l’environnement dans la justesse.

Toutes ces qualités passent par nous mais nous dépassent : une personne qui s’éveille éveille le monde. L’humanité est un tout dans lequel chaque individu transmet aux autres son éveil ou ses crispations.

Les épreuves collectives telles que la pandémie, par exemple, sont des portes qui permettent d’accéder à la méditation et à une autre façon de vivre.

Nous contribuons à quelque chose qui nous dépasse, qui est plus grand que nous. C’est quelque chose que nous pouvons vérifier facilement : une personne qui va bien répand du positif autour d’elle alors qu’une personne négative va influencer négativement son environnement.

 

Le Dalaï Lama parle d’égoïsme altruiste. Il est nécessaire d’être soi-même « complet » pour pouvoir donner. Dans la pleine conscience, il y a une vraie authenticité de ce qui est donné. Nous devons retrouver le chemin de la pleine conscience et non celui de la bonne conscience ; dans la pleine conscience, on apprend à dire « non », on n’est pas là pour faire plaisir.

La bonne conscience est une forme de mensonge. Il faut vérifier qu’il y a un fond derrière la forme, derrière la façade que l’on affiche : les deux doivent être en cohérence.

Il y a en ce moment un appel de l’intérieur. Une société qui fonctionne sur les apparences uniquement est vide de sens. Notre nature profonde se présente comme une alternative.

Dans le chaos actuel, il y a la possibilité de trouver la lumière. Le chaos nous mène au constat que cela ne fonctionne pas et qu’il faut changer. Être connecté à soi permet de regarder les choses avec du recul.

 

Le féminin, le masculin

En tant que pionnière de la MBSR en France, Laurence Bibas a senti le manque d’une dimension spirituelle.

Le programme MBSR est un protocole scientifiquement construit pour générer une présence authentique mais il s’appuie sur la rationalité, qui appartient à la polarité masculine, et qui génère une forme d’immobilité. L’élément manquant était la polarité féminine : Laurence Bibas a donc exploré un autre parcours en faisant une pause d’un an pour explorer le mouvement, la danse, amenés par la polarité féminine. Elle a proposé des programmes pilotes sur ce thème.

Le programme MAT (Méditation Active de transformation) est dédié aux femmes. Elle a repris la philosophie de Evelyne Adam, qui dit que les hommes et les femmes doivent travailler chacun de leur côté pour ensuite se rejoindre dans un « jardin » commun. Les hommes sont les garants de la structure de la société et en ce sens il doivent « assurer » (ce qui devient de plus en plus paradoxal dans un monde qui s’écroule)  ; les femmes ont pendant longtemps vécu l’interdiction de déployer leur nature parce qu’elle va à l’encontre de la rigidité en place.

Le système nous conditionne (il y a notamment des jeux de séduction entre hommes et femmes). Être entre femmes permet de travailler plus en profondeur.

Evelyne Adam conseille aux femmes qui souffrent de s’éloigner de leur compagnon, parce que les hommes ne supportent pas cette souffrance, qui les ramène à leur incapacité à la soulager. La souffrance de la femme réveille une incapacité de l’homme en lien avec des schémas anciens liés au patriarcat, qui dit que l’homme doit être fort et protéger la femme. Les lignes ont bougé et les rapports sont plus complexes : ce n’est plus l’homme qui protège et la femme qui est une faible créature qui a besoin d’être soutenue. Nous ne sommes pas sortis des souffrances de ces jeux de rôles, un nouvel espace s’ouvre mais on ne le connaît pas encore vraiment : le nouveau dialogue n’est plus entre l’homme et la femme mais entre le féminin et le masculin. On sort des stéréotypes pour trouver un équilibre interne entre ses propres polarités féminine et masculine avant de la vivre dans la joie à l’extérieur.

Le féminin est d’abord un espace d’accueil, et pour la plupart d’entre nous, arrêter de donner pour recevoir demande du courage et de se sentir en sécurité. Aujourd’hui, les femmes ne se sentent pas vraiment et profondément en sécurité dans la société dans laquelle on vit. Nous devons développer cette capacité à donner et à recevoir, sans comptabiliser mais en conscience dans la fluidité des polarités.

Il était nécessaire de passer par le féminisme pour rééquilibrer la balance, aujourd’hui, il est nécessaire de sortir du combat pour fertiliser son espace intérieur et la complétude du féminin/masculin en soi avant de le vivre dans l’espace extérieur du couple. Aujourd’hui, nous avons la responsabilité d’accompagner ce mouvement qui est une révolution intérieure.

 

Il y a tout un chemin à faire entre l’homme et la femme : essayer de changer l’autre dans son couple est une mauvaise direction, qui creuse un fossé, il faut revenir à soi et communiquer.

Nous ne sommes pas au clair sur nos polarités, retrouver une harmonie interne donne des éléments pour mieux comprendre l’autre. Nous devons regarder en nous ce que l’on apporte au couple sur les points que l’on reproche à l’autre.

Oui, le couple est à réinventer et c’est une bonne nouvelle, non ?

Cela passe par trouver le chemin en soi pour refertiliser la relation à soi et sortir de l’insatisfaction. Nous devenons plus doux avec nous-mêmes et cela est une bonne chose. Retrouver douceur, souplesse permet de refertiliser le terrain. Puis nous apprenons à le faire avec les autres.

Au fur et à mesure de la pratique de la pleine conscience, les choses changent. Et l’extérieur s’harmonise avec l’intérieur.

Les pensées ne doivent pas être le seul décodage que l’on a du monde. Les ressentis du corps rééquilibrent les pensées.

Le corps a un autre temps : il est dans l’ici et maintenant.

Les esprits rationnels ont du mal à comprendre cette notion qui ne s’explique pas mais se vit. On peut se faire accompagner pour être en conscience : respirer trois minutes en conscience permet de la comprendre immédiatement.

 

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